I'm in love, love, love with loneliness.

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Prévenues:
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x ?

in slow motion, the blast is beautiful

# Posté le lundi 12 mai 2008 12:30

Modifié le dimanche 15 novembre 2009 15:47

1~Premier chapitre.

1~Premier chapitre.

_______This is the hardest part
_______When you feel like you're fading
_______All that you have has become unreal
_______Collapsing, and aching...

_____*__*__*
"Ryan est mort."

Trois mots. Trois foutus mots. Je les maudis sans m'en rendre compte. Non, ce n'est pas le plaisant "Je t'aime", c'est celui que l'on redoute inconsciemment lorsqu'on aime. Une douleur croissante jaillit en mon être si désemparé et seul sans sa présence, douleur que je rejette en niant les faits. Ryan est mort. Mais non voyons, il est parti il y a seulement une heure. Ryan est mort. Non, ne le confond-on pas avec le voisin d'à côté, l'épicier en bas de la rue, le vieux monsieur traînant toujours dans le parc... bref n'importe qui sauf mon ange ? Ryan est mort. L'homme que j'aime est décédé. Un gouffre sans fond s'ouvre sous mes pieds, m'invitant à connaître le néant et le désespoir à tout jamais... Ryan est mort et mon coeur avec... J'ai chaud. J'ai froid. Je tremble... Je ne sens pas le regard de Spencer, triste pour moi... pour Lui... pour nous. Mes jambes cèdent sous le poids de la catastrophe annoncée quelques minutes auparavant. Jon et Spencer m'observent en silence, les yeux baignés de larmes...Ryan...

Une personne invisible doit s'amuser à m'arracher le coeur en cet instant puisque la douleur dans ma poitrine est si puissante qu'elle semble iréelle. George Ryan Ross III... Un ange est mort. Le mien. Laissez-moi crever dans les entrailles de l'enfer. Mon amour, mon coeur, mon être s'en est allé...Mais comment mon coeur peut-il mourir puisqu'il cogne si fort ? Non Ryan n'est pas mort, il nous fait juste une mauvaise blague... une très mauvaise d'ailleurs...n'est-ce pas ? Ryan n'en fait jamais... N'EST-CE PAS ? J'éclate d'un rire dénué de joie, cherchant une échappatoire là où il y avait le trépas. Ryan est mort. Ryan est mort pendant que je l'attendais paresseusement dans notre lit... "MAIS MERDE RYAN EST MORT! " J'avais crié sans m'en rendre compte, mes deux amis s'enfermant dans leur mutisme. Mon ange... pourquoi... merde pourquoi ?! Je ne sens pas les bras protecteurs de Jon me prendre par les épaules ni Spencer, bouleversé, me murmurant des mots absurdes, incapable de trouver mieux pour me réconforter. Alors c'est fini ? Cet énorme trou dans mon torse, se propageant en moi tel un poison serait mon amour pour cet homme qui me ronge ? Je ne sais pas, je ne sais plus. J'observe mes mains contenant son manteau. Beige, classe, impregné de son odeur... Les larmes qui tombent sur le tissu ne me concernent pas, ni celles qui ruissellent sur mon visage. Je dois attendre que ma vue se brouille pour comprendre que c'est bien moi qui pleure... C'était effectivement un océan silencieux qui se déversait sur mes joues depuis tout à l'heure. Coup de poignard en plein coeur. Ainsi c'est ça, la perte d'un "être cher" ? Deuxième coup de poignard. "Bre...Brendon" Spencer n'achève pas sa phrase. Je ne vais plus tenir. "Allez vous en..." je murmure, contenant ma rage pour ne pas blesser mes deux amis. "Mais..." tente-t-il de répliquer.

"DEHORS!" Ils s'éxecutent enfin...

Si seulement la plaie trop profonde pour être visible aux yeux des autres me déchirant pouvait uniquement être physique. Si seulement je l'avais accompagné. Si seulement j'avais compris qu'il me pardonnait. Si seulement je ne l'aimais pas.

Crétin. Je ne suis qu'un crétin. Comment pourrais-je ne pas l'aimer. Cet être, c'est ma vie, alors quoi de plus paradoxal à présent de vivre pour un mort ?

Je dois le voir... Une dernière fois. Alors, lentement, titubant légèrement, je me relève. Les malades et les infirmières défilent en ce lieu qui me donne la nausée. L'hôpital. Lieu tant détesté, dont le rôle est de soigner les gens... Alors pourquoi pas Lui, hein ? Pourquoi pas Ryan ? Je me fous des regards compatissants que m'envoient les personnes... Je suis tel un fantôme. Perdu sans sa moitié. Un fantôme qui devra inlassablement vivre avec son fardeau : son amour démesuré pour un mort. Je tombe enfin sur ce qui me semble être un lieu de renseignement... "Chambre de Ryan Ross..." Je ne m'emmerde pas avec des subtilités comme la politesse... "Vous êtes de la famille ?" répond une femme d'une voix aigue, revissant nerveusement ses lunettes sur son nez. "Je suis son fiancé..." J'attends impatiemment qu'elle cherche son nom dans ses dossiers jusqu'à ce qu'elle le trouve : "Chambre 4037, il vous faudra remplir des papiers". Crève vipère ! Aucune compassion ne se dégageait de sa voix, trop habituée à ce genre de funeste nouvelle. Qu'importe. Je cours le plus rapidemment possible vers le couloir où il repose, chaque centimètres en moins me brisant un peu plus. Je bouscule une ou deux personnes au passage et ignore les interdictions de courir dans ce bâtiment.

Ca y est. Chambre 4037.
Plus qu'une porte en bois nous sépare.

Essouflé, je pose ma main sur la poignée... et fonds à nouveau en larmes. Qu'est-ce qu'une vie s'il ne la partage plus ? Je n'ai pas le temps d'actionner la poignée, quelqu'un à l'intérieur s'en charge à ma place. La jeune femme, surprise, m'observe un instant avant de me demander doucement : "Monsieur Urie...?" Je lève mes yeux rougis par mon immense peine vers elle, et hoche la tête. Elle me dit péniblemment qu'elle ne sait pas si c'est une bonne chose pour moi de le voir maintenant mais face à mon entêtement, elle cède. "Je serai à l'accueil si vous avez besoin de quoi que ce soit..." Je la remercie maladroitement. Une mince silhouette familière repose sur un lit aux draps blancs. Toute la misère du monde semble s'ajouter sur mes épaules. Ryan. Inconscient, pâle, froid... beaucoup trop froid. Je pose ma main sur son bras et tressaillis au contact de sa peau livide à travers laquelle se dessine un délicat entrelacs de veines bleutées. Une horrible blessure lui barre le torse et des dizaines d'égratinures détruisent l'harmonie habituelle de son si beau visage. Une énorme envie de meurtre s'empare de moi. Je réalise pleinement que j'ai perdu Ryan à cet instant. Le connard l'ayant condamné doit souffrir autant que moi. Je prends sa main et tente de diffuser la chaleur de la mienne dans son corps inanimé. "Ryan..."

Un cri. Une plainte. Une déchirure.
Je me lance alors dans un long monologue coupé par mes larmes à l'attention de l'être définitivement mort dans cette chambre à l'odeur de stérilisants et autres médicaments à la con... Une infime partie de mon chagrin se calme après que j'ai l'occasion de lui dire toutes ces choses. J'ignore s'il m'a entendu, mais je me plais à le croire. Dis, mon ange, la prochaine fois, emmène-moi avec toi au lieu de me laisser seul&détruit. Mais il n'y aura pas de prochaine fois. C'est à moi de briser la distance qui nous sépare. C'est à moi de le rejoindre. Puisqu'entre la vie et la mort, il n'y a qu'un pas... J'ai la solution. Je ne ressentirai bientôt plus cette douleur atroce. Je m'allonge près de son corps, cherchant sa présence où elle n'est plus. Alors une dernière fois, avant que je ne retrouve mon ange, je veux me souvenir. Oui, une ultime fois... de notre vie à deux.

# Posté le lundi 12 mai 2008 13:36

Modifié le dimanche 11 octobre 2009 04:28

2~Deuxième chapitre.

- NON NON ET NON !
Cela fait un bon quart d'heure que je me dispute avec ma mère à cause de l'arrivée de la famille Ross à Las Vegas - dont la femme semble être une "très bonne amie" de ma génitrice. Encourageant... Leur déménagement ne me contrarie pas vraiment en lui-même, la seule chose qui m'importune réellement est ce qu'avait annoncé à toute vitesse ma mère -pour que cela passe mieux sans doute... Ryan, le fils unique, du même âge que moi, serait un intello -"hétéro" comme avait si bien ajouté ma mère. Insinuation hasardeuse ? Sûrement pas. Elle avait eu du mal à digérer mon homosexualité mais au fil du temps, elle devenait plus compréhensive et moins... comment dire... "agressive" lorsqu'on abordait ce sujet.

Elle avait d'abord cru que je cherchais à la provoquer ou à réagir à ma manière face au divorce de mes parents. Totalement faux. J'aime ma mère et ce n'est pas ce connard ayant 'contribué' à ma naissance qui m'éloignera d'elle. Contrairement à la règle générale qui veut que les enfants soient totalement déchirés par une nouvelle pareille, j'avais été incroyablement... soulagé. Voir ma mère fondre en larmes à cause de mon père chaque soir pour des raisons toujours obscures ne m'emplissait pas de joie, loin de là... Et lorsque je questionnai cette dernière, elle se débrouillait constamment pour me répondre des choses comme "C'est rien..." ou "Il est parti, c'est tout ce qui compte". Je n'ose plus lui demander plus d'informations sur cette période... Je crois qu'ensemble, on raye le passé pour se construire un avenir meilleur, c'est tout.

Bref, Ryan un intello, donc qui dit intello dit coincé, qui dit coincé dit boulet. Ark. Explication très simpliste, certes, mais résumant le fond de ma pensée. Ma mère ne semble pas comprendre que si je devais changer mes habituelles sorties entre amis pour parler maths avec Môssieur Ryan, je deviendrais dingue en quelques jours à peine. Mes résultats scolaires ne sont ni catastrophiques, ni excellents -comparé à certains... Je ne m'en plains pas, le lycée m'indiffère, j'aurai mon bac et je verrai sur le moment quelle vie je choisirai de vivre. Pas assez modeste ? Non. Réaliste. Je sais que j'ai un niveau correct et que je serai diplômé comme la majorité de ma classe. C'est ainsi. En revanche, pour ce qui est de cet énergumène me servant d'ami -parfois appelé Jon- ça reste à prouver... Pour trouver des moyens plus cons les uns que les autres pour obtenir ce fameux 'baccalauréat', ah ça oui, Jon est doué. Et pour amuser la galerie aussi... Il reste néanmoins un très bon ami. Et merde. La sonnette de l'entrée retentit. Ils sont arrivés. Nerveux, je descends les escaliers le plus lentement possible, retardant ma rencontre avec ce Ryan. "Brendon va ouvrir ! Sois poli surtout..." Oui maman, bien maman, ce sera tout maman ? Je passe ma main dans mes cheveux et actionne la poignée. Oh mon dieu...

"Je... je peux vous aider ?" Un garçon du même âge, les traits fins, une mince silhouette et les cheveux un peu ébouriffés se dresse devant moi. Un slim noir, un hoodie gris chiné, des chaussures inconnues mais pas mal du tout et un sac à ses pieds. Il semble gêné et contraint d'être ici... Il se présente rapidement, les yeux toujours rivés sur le sol. Je manque de m'étrangler. Alors ce que je craignais se confirme ? C... Ce gars c'est Ryan ? Finalement, pas ce que je 'craignais' mais ce que 'j'ésperais". Brisant tous les clichés que je m'étais mis en tête, il relève son menton vers moi et me sourit timidement. Ah ! Il se maquille les yeux ? C'est réussi. Raclement de gorge. Alors lui aussi, il était pas vraiment enthousiaste à l'idée de nous voir ? Je lui tends ma main droite, qu'il serre aussitôt. "Brendon" je souffle. Je remarque un couple dans une voiture derrière lui... Sûrement ses parents. Je dois dire quelque chose d'autre bon sang ! Qui est-ce qui se foutait de l'intello il y a à peine 5 minutes ? "V...viens, vous devez être crevés après la route et... tes parents risquent de vouloir parler avec ma mère..." Son visage s'illumine et il m'envoie un regard reconnaissant car je lui offre une occasion d'échapper au contrôle parental après les heures passées dans l'espace confiné que propose leur voiture. Ouf. C'était pas si compliqué Brendon. Après cette petite satisfaction personnelle, j'entreprends de me féliciter mentalement et de ne plus perdre mes moyens face à quelqu'un.

"Attends." Il s'excuse et se dirige vers le coffre du véhicule, sortant à présent une guitare des bagages. Cool. Décidemment, l'intello sans intérêt laisse place au gars tranquille, agitateur de curiosité, qui me parait beaucoup plus sympathique à partir de cet instant. Je me dégage de l'entrée et lui indique l'emplacement de la cuisine où se trouve ma mère. Il observe les lieux, curieux. Après avoir posé son sac et sa guitare sur le carrelage froid, il s'engage dans la pièce montrée quelques secondes auparavant. Je reste sur le seuil de la porte. J'entends ma mère s'excalmer des "Oh Ryan !" et le classique "Tu as tellement changé !". Pff. Et là elle va nous sortir le 'tu avais x années la dernière fois'. Bingo ! Elle prononce ma dernière phrase mot pour mot, ajoutant juste le nombre d'années. Nous avions 10 ans la dernière fois que nos deux familles respectives s'étaient revues ? Bizarre. Je n'en ai pas le moindre souvenir. En tout cas, il a vraiment dû changer depuis... Tout comme moi. C'est vrai qu'entre mon 'style' actuel -même si je n'en ai pas vraiment de particulier- et ma période chaussettes déparaillées et chemises à carreaux, je pouvais me considérer comme "changé". Et en mieux. Du moins je l'espère !

Il revient dans l'entrée et sourit à nouveau en me voyant toujours planté là. Mais pourquoi je n'ai pas bougé ? Ignorant la réponse à cette question, je fais un signe de main à Mrs&Mr Ross qui sortent désormais les valises peuplant le coffre puis m'empare du sac et de la guitare de Ryan, surpris, qui me dit qu'il peut porter ses affaires seul. Qui a dit que Brendon Urie ne s'occupait pas de ses invités ? Il se résigne à me suivre à travers l'étage. Je montre à Ryan 'notre' chambre pour quelques jours, puisqu'ils ne pourront pas emménager immédiatement dans leur nouvelle maison. Il semble l'apprécier. "Tu joues du clavier ?" L'enthousiasme dans sa voix me surprend et j'observe l'instrument trônant au centre de ma chambre, à côté de deux poufs jonchant le sol. Finalement c'était plus une exclamation qu'une question. "Je me débrouille...et toi, en guitare ?" je réponds malicieusement. Il doit avoir compris que je rabaisse mon véritable talent de musicien puisqu'il répond ironiquement "Je me débrouille". Je lève un sourcil, montrant mon scepticisme.

Il sourit une énième fois -ce mec ne s'arrête jamais de sourire ?- et m'annonce que c'est moi qui avait commencé. Ben voyons. Je renonce et hausse les épaules. Après lui avoir montré son 'nouveau' lit, je m'affale sur le mien. Il sourit et m'imite à son tour. "Alors comme ça tu serais gay..." Oh. Ma mère n'a pas su se taire. J'observe un pli sur le drap comme s'il était la chose passionnante du moment et décide de contourner sa phrase. "Alors comme ça tu serais intello..." Il rit et s'empare d'un coussin avant de me l'envoyer dans la tête. Outch. Comme si monsieur avait été vexé par ma phrase. Revanche ! Je me lève dans les secondes qui suivent puis ramasse l'objet reçu de plein fouet dans ma divine personne, grâce à Môssieur Ryan. Ok, peut-être pas "divine" mais je ne vais pas me rabaisser après m'être fait humilié par lui. Ce qui devait arriver arriva. Il se mange le sac de plumes dans le nez mais continue inlassablement de rire. Sa joie définitivement contagieuse m'atteint et je me laisse glisser sur le sol, riant à mon tour mais ne voie pas un deuxième coussin accompagner mes gestes pour me frapper à nouveau. Qui sait, peut-être que partager ma chambre avec ce gars sera une chose positive... ou pas.

# Posté le mercredi 14 mai 2008 12:47

Modifié le dimanche 11 octobre 2009 04:29

3~Troisième chapitre.

"... maths, physique et pour finir, français !"
Ryan, la bouche pâteuse, les yeux à moitié ouverts et les cheveux dans tous les sens, se lève instantanément sans aucun regrets de la chaleur et du bien-être apportés par ses couvertures. Il me regarde, médusé. Je savoure silencieusement mon triomphe. Ryan a peut-être des bons résultats, le fait qu'il n'apprécie pas particulièrement les cours et encore moins le français est une preuve d'humanité chez lui. Non, sérieusement, comment pourrait-on aimer toutes les matières ? Il se frotte les yeux et baille sans discrétion. S'il pouvait éviter de montrer ses amygdales dès 9h20... Il daigne enfin poser ses yeux sur moi et articule péniblement "Bordel..." Arf. Monsieur ne travaillait peut-être pas des heures à la suite sans pauses ou presque -si on compte les breaks de 10 minutes et la pause déjeuner- dans son ancien lycée ? Il pourra goûter la joie des cours plus-ennuyeux-tu-meurs de Mrs Epps ou encore Mr Figgles dans peu de temps... Dommage pour lui ce sera désormais son quotidien. Il s'étire longuement, me considère quelques minutes puis déclare "Sinon, ça t'arrives souvent de réveiller les gens avec leur nouvel emploi du temps ?" Il sourit. Premier sourire de la journée. "Je peux te le réciter chaque matin si tu veux..."

Il grommelle quelques secondes puis hausse les épaules. Il est évident que si je le faisais quotidiennement, j'aurai cédé en quelques jours. Je m'empare d'un simple pull rouge et l'enfile sans plus tarder. La fraîcheur matinale reignant dans les lieux m'y oblige. Ryan m'imite puis se rue sur la poignée de la porte. Pressé celui-là... Face à son enthousiasme, j'écarquille les yeux et le scrute quelques instants. Il fait quelques pas puis s'arrête. Il m'observe à son tour et un long silence s'ensuit. Il rit alors tout à coup et dessine des légers cercles autour de son nombril. "Désolé j'ai faim" boude-t-il. Ben voyons. Tout mince mais il mange ! C'est le seul à avoir repris avec avidité de la viande hier soir et qui n'était pas rassasié à la fin du repas. Impressionant, ce qu'un corps aussi fin peut encaisser en un dîner... Enfin, au moins il s'est excusé... Oui mais pourquoi ? Pour être passé à vive allure devant moi, manquant de me faire tomber peut-être...? Ridicule. Pas pour si peu.

Il commence à traverser le couloir, sans doute persuadé que je le suivrai cette fois-ci. Arrêt total lorsqu'il ne m'entend pas à ses trousses. Monsieur serait-il perdu sans son guide ? Ses pas précipités retournent dans la chambre -où je suis resté planté- pendant que ses yeux se plissent et ses bras se croisent : "Brenny, viens avec moi" Brenny ? Nous ne nous sommes pas revus depuis plusieurs années et il me trouve déjà un surnom spontanément. Intéressant... C'est la première fois qu'on m'appelle ainsi. A vrai dire on ne m'appelle que "Brendon" ou "Urie", même si la deuxième proposition ne me plaît pas forcément. Je trouve qu'interpeller les gens par leur nom de famille est malpoli, désagréable et grossier. Sûrement parce que Lindon Aaron -une enflure de première- avait eu la glorieuse idée de m'appeler ainsi juste pour me taper sur les nerfs. Passons. Ryan ne me laisse pas le temps de rêvasser plus longtemps, puisqu'il s'empare de mon bras. Brendon Boyd Urie forcé de prendre son petit-déjeuner. Oula.

Enfin arrivés dans la cuisine, j'aperçois nos deux mères respectives discuter autour d'un café matinal, absorbées par leur -ô combien intéressante- conversation. Des brides du dialogue me parviennent passant de "la hausse des prix" aux "derniers meurtres du célèbre tueur en série" qui a fait trembler tout le quartier. Bref, des tas d'autres sinistres nouvelles en vues. Passionant n'est-ce pas ? Le jeune guitariste salue les deux femmes et je fais de même. Inutile de nous éterniser ; elles repartent dans leur discussion, captivées. Je m'empare rapidement du nécessaire pour nourir le ventre sur pattes que j'héberge, et moi-même. Non, disserter avec ma mère et Mrs Ross sur la connerie humaine et les problèmes relatifs à la société ne m'enchante pas. Je guide Ryan vers le salon et décharge la vaisselle et la nourriture sur la table. Celle-ci bientôt installée par mes soins, Ryan saisit la télécommande et se laisse choir sur le canapé. Flemmard...

Je tourne le dos à la télévision, finissant de mettre les derniers bols, pendant que Monsieur la regarde, peinard. "...RAPE ME MY FRIEND !" HEIN ?! Je sursaute, alors qu'il rit et s'exclame "c'est du Nirvana, relax" Quel crétin. Bien sûr que je connais. Je n'écoutais pas la télévision, et n'avais donc pas entendu Kurt Cobain chanter Rape Me -jusqu'à ce que Ryan le crie. Il a fallu qu'il le dise brusquement et aussi fort. Comment dire... l'entendre prononcer 'viole-moi' était sûrement la dernière chose à laquelle je m'attendais. "La prochaine fois, évite de geuler ce genre de choses..." Je l'entends soupirer puis murmurer un "...t'aurais aimé ?" Pfff. Comme si violer Ryan m'avait effleuré. Il n'est pas repoussant, loin de là. C'est juste le genre de gars qu'on peut considérer comme un "vrai" ami assez rapidement s'il vous apprécie. Trois mots le décrivant ? Voyons... Spontanéité, souriant et sympathique sont ceux qui me viennent après l'avoir cotoyé une vingtaine d'heure. Je passe son côté humour douteux, flemmardise ou encore taquin.

S'il fait constamment cette impression, il doit être adoré par les uns, méprisé par les autres. Il se dirige nonchalamment vers la chaise lui étant destinée et se sert à boire. Il sourit. Sourire vicieux. Mauvais, mauvais pour moi... Il articule enfin "...tu veux ma photo peut-être ?" Merde. Je l'ai dévisagé à ce point ? Je saute sur l'occasion de le renvoyer chier une bonne fois pour toutes pendant qu'un malicieux sourire naît sur mes lèvres. Cette fois-ci, c'est ma mère qui va m'aider. "Inutile, j'en ai déjà..." Il me regarde, sceptique. Ne se souvient-il pas ? Nous nous sommes déjà vus lorsque nous avions 10 ans... Il a l'air de comprendre. Enfin. Il écarquille les yeux. "Qu..." Je le coupe : "M'MAAAN ? Tu peux ressortir les vieux albums ph*outch*" Ryan m'empêche d'achever ma phrase en posant sa main -désagréablement froide- sur ma bouche. Une mine satisfaite se peint sur mon visage "Tu auras été prévenu, Ryro..." Il roule ses yeux et marmonne "...m'appelle pas comme ça s'il te plaît". Ow. Prévenant mais ferme. Je ne préfère pas lui demander la raison mais le ton nostalgique et amer qu'il avait employé me perturbe. Aurais-je touché un point sensible rien qu'avec un mot ? Quelqu'un de sa famille l'appelait peut-être ainsi... Je ne devrais pas m'attarder plus sur le sujet sans doute douloureux pour lui. Un décès...? Ark ! Je chasse toutes ces pensées temporairement. Trop curieux. Cela m'intrigue, je crois qu'il l'a remarqué, mais il a l'élégance de ne pas le relever. Il n'empêche que ma première tentative pour trouver un surnom à Ryan est un échec. Dommage.

Comment un simple surnom peut me torturer l'esprit pendant plusieurs minutes. A quoi bon s'embêter, je l'appelerai Ryan, point. A moitié convaincu, je projette de remplir mon estomac, désormais affamé. Le petit déjeuner se déroule dans un silence religieux, troublé par quelques éclats de voix provenant de la cuisine et de la télévision, servant de fond sonore. Gênant. Je suis mal-à-l'aise depuis sa dernière remarque mais fais semblant de trouver le dernier clip d'une bande d'adolescent puéril -se voulant rebelle- captivant. Minables. A la fois le groupe et mon comportement. Ce n'est qu'au bout d'une dizaine de minutes que Ryan se décide à prendre la parole. "Au fait, Brenny..." "Hm ?" "Tu ronfles."

__________________
Précision : Bden a ronflé pendant la nuit.

# Posté le dimanche 18 mai 2008 11:28

Modifié le vendredi 31 juillet 2009 10:36

4~Quatrième chapitre.

Merde ! Quelle journée de merde ! J'ouvre la porte d'entrée sans la moindre délicatesse, ne prêtant aucune attention aux vitres -sûrement fragilisées depuis. Comment ais-je pu en arriver là ? Mais d'abord, quel est le crétin qui m'a démasqué ? Les raisons de ma colère : un petit merdeux -oui je ne vois pas d'autres termes envisageable- aurait découvert et proclamé mon homosexualité à ses "amis" qui, dès la rentrée prochaine, en profiteront pour me pourrir le plus possible l'existence. Effectivement, à part Jon & ma mère, personne n'était au courant... sauf Ryan. Etrangement, ne pas avoir sa présence aura rendu ma journée encore plus "fade"... Et le temps chaotique n'arrange rien. Malgré les quelques boutades du début, il s'est avéré être très apaisant et rassurant de pouvoir parler librement avec lui. Ses prouesses musicales ne cessent de m'époustoufler même s'il reste très modeste sur ce point.

Je ne l'avais pas vu aujourd'hui puisqu'il devait se rendre dans sa future demeure, et je réalise seulement à cet instant que j'ignore pourquoi... Pourquoi y retourner une deuxième fois en deux jours ? De plus, Ryan a déjà fait la visite officielle avec ses parents histoire de voir les lieux avant d'y emménager - même s'il a l'air de se foutre royalement de cette maison. Passons. Mon esprit analyse nerveusement qui peut être l'auteur de la découverte de mes préférences sexuelles... "LINDON" Qui d'autre ? Qui d'autre aurait pu me dénoncer ? Saloperie !

Je monte les escaliers en quelques pas rapides, ignorant les plaintes de ma mère depuis mon apparition "fracassante"... Un peu trop bruyante à son goût j'imagine. J'ouvre la porte de ma chambre -ne masquant pas ma mauvaise humeur en balançant furieusement mon sac et ma veste sur mon lit, défait-...et souris en apercevant un morceau de papier clair épinglé hâtivement au mur. Ryan. Je saisis la feuille et me déchausse, entamant sa lecture. "Je suppose que tu liras ce mot ce soir, ou du moins après ta fête" Ow quelle fête. Un bon moment d'ennui jusqu'à ce que mes amis aient "juste" appris que j'étais gay, et que je le savais depuis deux ans environ... "... ou ta sortie entre potes, je sais plus =S Je risque de rentrer tard, d'après ma mère (problème d'eau dans la baraque ou quelque chose comme ça). Profite de ma non-présence :) Passe une bonne journée. Bises, Ryan."

Sympa... Super sympa. Je ne m'attendais pas à tant d'attention de la part de Ryan... ou peut-être que je me fais des films sur un simple mot. Je n'en sais rien et je m'en contrefous. Il aura tout de même réussi à me faire sourire malgré la situation dans laquelle je suis. Mais pour le "bonne journée", c'est foutu. Je me dirige furtivement vers mon ordinateur, toujours allumé. J'avoue que je me moque des économies d'énergie en ce qui concerne cet "outil" qui m'est indispensable.

Je tape machinalement l'adresse de ma page perso où peu de choses subsistent. 4 commentaires. Les trois premiers sont soit des pouffs me tournant constamment autour pendant les cours qui m'écrivent des conneries qu'elles n'imaginent pas une seconde -le fait que je sois gay y mettra fin, une chose de positive-, soit de la pub... Le dernier en revanche date de, voyons... 5 jours. Expéditeur : ryan-r. Ryan ? Comment a-t-il eu mon adresse avant qu'il ne vienne ? Ma mère n'est même pas au courant de son existence -je crois- donc j'imagine qu'elle n'y est pour rien... Bref. Lecture du message.

Hey ! C'est Ryan x) Je vais venir quelques jours chez toi avant de m'installer dans la maison que mes parents ont eu la bêtise d'acheter. Je l'ai pas encore vue à part en photos, ok c'est ma faute, j'ai refusé lorsqu'on me l'a proposé. Ca à l'air moins grand que ma maison actuelle mais mieux placé... J'espère que c'est sympa là-bas. J'ai lu quelques-uns de tes textes, j'aime vraiment, mais vraiment beaucoup ! Je crois qu'on devrait s'entendre sur ce point, je joue de la guitare et toi ? Tu te souviens de moi au fait ? Moi très bien. J'essayerai de pas trop te déranger une fois arrivé. Je te laisse, bises, Ryan.

Un sourire béat s'étire sur mes lèvres sans que je le sente naître. Il se souvenait de moi... Et de plus, c'est le virtuose de la guitare qui aime mes textes, rien que ça. Je clique sur son pseudo, décidé à répondre à son commentaire, même s'il partage ma chambre à l'heure actuelle donc je devrais plutôt lui en parler directement. Je tombe sur une page aux tons gris & blancs, relativement neutre. Première photo : Ryan, ou plutôt sa silhouette de dos, noir & blanc, une cigarette à la main et sa guitare dans le dos. Réussie. Très réussie. Fume-t-il ? Je m'empresserai de lui poser la question lorsqu'il rentrera. La photo me trouble. Nostalgique et contemporaine, simple et complexe...

C'est très, difficile d'expliquer toutes les sensations qu'elle m'apporte. Impressionant que je parle ainsi d'une photo. Je découvre petit à petit, au fil des articles de Ryan, un nouveau monde qui m'était alors étranger, la photographie. Je m'attarde sur ses plus récents articles, comportant des textes relativement longs... Ressemblant à des paroles de chansons... Je commence à lire...

Oh mon Dieu ! Ce type est un génie. Il...il joue avec les mots, les oppose, les assemble, les enchaîne... Il manie la langue avec une telle dextérité... C'est, époustouflant. Bluffant. Mélancolique et douloureux. Véritable. Funeste. Incroyable. Les picotements de mes yeux me rappellent à quel point ses mots m'ont touché. Ryan est un génie dans son malheur. Un artiste. Une âme perdue... Ainsi, c'est une chanson en hommage à son défunt père anciennement alcoolique qui m'aura ému comme jamais. Qui imaginerai à quel point Ryan se sentait mal il y a encore un mois ? Sûrement pas moi... Donc, l'homme qui partage la vie de sa mère serait son beau-père. J'ai comme l'impression de ressentir de plein fouet sa détresse et ne souhaite qu'une chose : l'aider. Je ne lui laisse pas de commentaire ou message. Il ignorera pour l'instant que j'ai lu ses écrits car je ne veux pas qu'il croit que je le prends en pitié à partir de cet instant. J'entends la porte s'ouvrir en bas, mais n'y prête pas attention, encore submergé par l'émotion. Je me connecte rapidement sur ma messagerie. Je n'aurai pas dû. A peine ouverte, un message s'ouvre automatiquement et une horrible photo avec : un montage me représentant aux côtés d'un autre gars, nus. Sales cons, merdeux, enflures, chieurs ! Plus aucun doute possible, l'adresse de l'expéditeur indique Lindon.

Des larmes de rage s'échappent de mes yeux que je ne prends pas la peine d'essuyer. Ils veulent jouer à ça. Je pourrais continuer leur jeu, mais le problème, c'est que j'ignore comment les blesser autant qu'il m'ont blessé. Une soudaine envie de crier ma colère transformée en frustration s'empare de moi. Tant pis, je hurle. Hurlement étouffé puisque je plaque un coussin contre ma bouche. Des clefs tombent au sol. Merde, Ryan est déjà là ! Il m'observe depuis l'autre bout de la pièce pendant que je n'ose plus esquisser un mouvement, honteux, les joues luisantes. Il est troublé. J'ai l'air d'un gamin mais je m'en fous. Tout se passe très vite. Ryan pose ses affaires et me rejoins très rapidement. Je ne saurais jamais assez le remercier pour la spontanéité avec laquelle il agissait. Une étreinte. Rien qu'une étreinte de sa part et je fonds à nouveaux en larmes sur ses épaules.

Il se passe de mots, seul son soutien compte. Physique comme moral. Je me laisse glisser le long de ses bras et nous nous retrouvons adossés au mur. Alors, doucement, au fil et à mesure que mes pleurs s'espacent, il entame les premières notes d'une mélodie. Une de ses compositions. Il ne connait pas la raison pour laquelle j'ai craqué mais à l'élégance de ne rien ajouter. Mes battements de coeur se calquent sur cette chanson, délicieusement mélancolique. "J'ignore quels sont les cons qui t'ont fait du mal, mais sache qu'à partir d'aujourd'hui, je serai là pour toi..." Un lien étroit s'est crée entre nous ce jour-ci, un lien qui ne se brisera jamais pour, au contraire, se renforcer et se consolider au fil des années. Merci Ryan.

# Posté le mardi 27 mai 2008 12:57

Modifié le vendredi 31 juillet 2009 10:43